Vous avez bien dit silicium « organique » ?

Le silicium est le deuxième élément minéral le plus abondant de la croûte terrestre. A l’état naturel il se présente soit sous forme de silice, SiO2 (le sable, le quartz, les galets etc.), soit sous forme de silicates dans certains types de roches.
La silice est utilisée depuis très longtemps comme composant essentiel du verre et depuis le milieu XXe siècle le silicium est utilisé en électronique avec les transistors, pour la production de matières premières de synthèse comme les silicones ou l’acide silicique, dans la fabrication de panneaux solaires photovoltaïques, etc.
Même son nom indique qu’il provient du règne minéral. Silice dérive du latin silex, silicis qui signifie caillou ou silex.
Or dans le langage courant « organique » signifie « qui provient du vivant ou qui a trait au vivant ». Dans quel contexte ce fameux silicium peut il être qualifié d’« organique » ?

 La chimie organique

Tout d’abord écartons l’appellation silicium« organique » qui a été attribuée au monométhyl silane triol (MMST). En effet celle ci est d’origine technique. Elle provient du fait que le MMST est issu de la chimie organique c’est à dire celle du carbone. Schématiquement le découvreur de cette molécule, M. DUFFAUT, « greffait » un groupement carboné sur une molécule composée de silicium et d’oxygène.
Ce MMST est donc bien une molécule de synthèse et ne provient pas du règne vivant, ce qui par ailleurs ne préjuge en rien de ses propriétés. C’est tout ce que nous en diront car son usage en tant que complément alimentaire a été interdit par l’UE le 28/01/2009

 Le silicium des compléments alimentaires

Les silicium utilisables dans les compléments alimentaires peuvent être classés en deux catégories :

  • ceux ayant une origine chimique et ne pouvant pas prétendre à l’appellation organique (acide silicique ou orthosilicique, dioxyde de silicium par exemple)
  • ceux provenant de différents végétaux (essentiellement bambou, prêle, ortie) qui seuls peuvent légitimement prétendre à l’appellation organique.

Pour être le plus complet possible citons un cas un peu à part, le silicium des diatomées qui pourrait avoir l’appellation organique car il provient bien de ce plancton mais donc la structure est en fait minérale. Sous forme de silice, SiO2, il sert de squelette aux diatomées et a la même biodisponibilité que … le sable. Il sert par exemple de sable de filtration pour les piscines.

 Le silicium des aliments

Soyons clair, la principale source de silicium organique reste l’alimentation car nombreux sont les aliments et les boissons qui en contiennent : la bière, le riz complet, etc.
Certaines eaux minérales contiennent également une forte teneur en silicium mais on ne peut pas le qualifier d’organique car la minéralisation de ces eaux provient des roches qu’elles traversent. Leur silicium se présente d’ailleurs sous forme d’acide silicique et sa biodisponibilité sera donc celle des dérivés minéraux.

 Quelle différence « organique / minéral » ?

Outre l’origine naturelle, l’intérêt de distinguer le silicium organique du silicium minéral est sa biodisponibilité. Celle de l’organique est largement supérieure à celle du minéral (cf :La Biodisponibilité du silicium naturel supérieure à celui de synthèse).
De là les manœuvres de certains laboratoires pour tenter de cacher l’origine chimique de leur silicium en ajoutant une trace d’ortie dans leur formule par exemple et en se prétendant organique.
Une source de silicium ne peut être organique que si et seulement si la totalité ou au moins la plus grande majorité de celui ci provient bien d’une source naturelle. Que penseriez vous d’un producteur de vin qui ajouterait 1% de bordeaux millésimé à 99% de vin de table et étiquèterait le résultat final au nom du bordeaux millésimé ?

 Fraudes

Pour éviter de vous faire gruger par des laboratoires indélicats sachez lire les étiquettes, les constituants sont indiqués dans l’ordre décroissant.
Ainsi une liste d’ingrédient comme celle ci : « eau, acide orthosilicique stabilisé, Urtica dioica ... » signifie tout simplement que la plus grande partie partie du silicium que vous prenez a une origine chimique et que le résultat final ne peut pas être qualifié d’organique.
Si à cela on ajoute que selon l’origine, le moment ou la technique de récolte, l’ortie (Urtica dioica) contient entre 3000 et 40.000 ppm de silicium (source : DUKE1992A) soit une variation de l’ordre de 13 pour 1, on voit de suite qu’elle est la part pour le moins aléatoire du silicium organique dans de tels compléments alimentaires.
C’est pour éviter cette fluctuation que notre extrait d’ortie est titré à 1% minimum de silicium natif et non à 0,30% de silicium total.

En effet, une autre fraude consiste à titrer le silicium total d’un extrait. Il faut savoir que bon nombre d’extraits secs de plantes couramment employés dans l’industrie des compléments alimentaires sont stabilisés par ajout de silice SiO2 que l’on va pouvoir retrouver dans le complément alimentaire final. Il suffit de doser tout le silicium final pour annoncer des taux de silicium sans rapport aucun avec ceux de l’extrait de plante.

 Conclusion

Dans le monde des compléments alimentaires il faut être aussi vigilant que partout ailleurs. Bien lire et comprendre les étiquettes, vérifier les provenances, ne pas hésiter à se faire communiquer les études qui étayent les allégations si minimes soient elles, sont les règles de bon sens qui vous éviterons de nombreux désenchantements.

Si vous pensez qu’un laboratoire ne respecte pas le droit ou qu’il cherche à vous induire en erreur n’hésitez pas à le signaler à la DGCCRF, Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, dont la mission est de veiller au bon respect des règlements en la matière.